jeudi 2 avril 2009

La Belgique et la dyslexie

Sur base d’études scientifiques, il semble que l’on puisse estimer aujourd’hui à 10% la population dyslexique.
La dyslexie est aujourd’hui définie comme un état de fait, une forme de handicap à l’apprentissage. Il semblerait qu’il s’agit d’une situation physique du cerveau. Il y a donc lieu de prendre la situation telle quelle et d’adapter l’enseignement. Le raisonnement qui doit être tenu est identique à celui que l’on tient pour d’autres handicaps qui sont, eux, plus visibles.
La Belgique est le seul pays francophone qui organise un enseignement spécialisé pour les enfants dyslexiques, dysorthographiques et dyscalculiques. Cependant ce qu’il faudrait mettre en place c’est l’accessibilité à des séances de logopédie et de psychomotricité spécifiques gratuites pour ces enfants au sein de l’enseignement ordinaire, afin d’éviter au maximum une orientation vers l’enseignement spécial. Il s’agirait d’un investissement dont l’efficacité sociale est garantie. Cette question doit être traitée par la communauté française. Néanmoins, il serait heureux que la ministre en charge de l’enseignement au sein du Collège de la commission communautaire française puisse faire part de cette volonté à son homologue du gouvernement de la communauté française.
L’enseignement est à priori la meilleure chose pour les enfants, les adolescents et les adultes. Cet enseignement doit permettre à tout un chacun de s’intégrer harmonieusement dans la société et d’y créer sa place.
L’enseignement peut être aussi destructeur. Il s’agit du processus d’échec qui s’avère souvent être progressivement une spirale infernale.
L’apprenant dyslexique qui s’ignore sera confronté à des situations de difficultés d’apprentissages susceptibles de lui faire perdre confiance en lui et le mener à des échecs successifs. L’enseignement peut donc devenir pour cet apprenant un massacre de sa personnalité. L’enfant dyslexique est d’autant plus perdu que bien souvent il essaie de bien faire et consacre de l’énergie pour y arriver. Or, le dyslexique est quelqu’un qui dispose pleinement d’une capacité intellectuelle équivalente à tout un chacun.
Pour nous convaincre, rappelons, dans différents domaines, des personnalités dyslexiques qui sont reconnues dans le monde pour leurs compétences : Albert Einstein, Winston Churchill et Léonard de Vinci.
Récemment, le Ligueur, en collaboration avec l’Association belge de Parents d’enfants en difficultés d’apprentissage, a publié une brochure concernant la dyslexie et la dysorthographie. Des témoignages qui ressortent de ce document mais que l’on peut aussi recueillir auprès de nombreux parents ou adultes dyslexiques, il ressort que l’enfant dyslexique non reconnu est en souffrance. Cela peut se traduire par un renfermement, ou par des pitreries qui, manifestement, cherchent à cacher une situation de détresse, ou par un travail excessif pour répondre à des exigences scolaires qui leur sont inappropriées... Ces situations que montrent les témoignages, sont celles d’enfants que leur système d’enseignement écrase. Il s’agit là de fautes graves. Il y a donc une obligation de pouvoir mettre en place des réponses appropriées.
Une des difficultés résulte du fait qu’il n’est pas aisé pour tous les enseignants de déceler la dyslexie chez leurs élèves. C’est un handicap qui reste peu visible. Cette difficulté est plus marquée encore chez les enseignants du cycle secondaire qui pensent que le diagnostic est déjà établi. Or, la réalité montre qu’il arrive régulièrement que des jeunes élèves dyslexiques, ne soient diagnostiqués qu’en cours de cycle secondaire.
Le réseau d’enseignement, dont la Commission communautaire française est pouvoir organisateur, s’adresse essentiellement à un public ayant des difficultés d’apprentissage. Vu notre type d’enseignement, nous pouvons, sans nous tromper, considérer que le taux de dyslexie est supérieur à 10%. Nous pouvons aussi penser raisonnablement, que dans notre enseignement nous retrouvons des élèves dont la dyslexie n’a pas été diagnostiquée. Le pouvoir organisateur de la Commission communautaire française a donc l’obligation de mettre en place, dans son réseau d’enseignement, les outils ad hoc pour répondre à ces difficultés d’apprentissage.
L’Institut Francine Robaye dispense un enseignement supérieur de pédagogie spécialisée. Ainsi, notre enseignement forme des éducateurs spécialisés pour traiter des apprenants dyslexiques, dysorthographique et dyscalculique.

2 commentaires:

  1. Madame la Ministre explique que « Si la dyslexie est bien diagnostiquée, la rééducation ne devrait pas durer longtemps. », « Pour certains quelques cours ou séances de remédiation seront suffisantes. » Ce sont deux hérésies pédagogiques.
    Quand un élève porte des lunettes, doit-il en être autorisé par l’école qui juge de la pertinence d’un « diagnostic précis et personnalisé, indispensable si nous voulons aider l’enfant » ?
    Quel que soit son trouble visuel, voulez-vous parier que le myope auquel on confisque les lunettes pendant les cours risque de développer des troubles de comportements ?
    Le dyslexique qui atteint le secondaire sans échouer à l’école sait de quelles lunettes il a besoin, comment les utiliser et ses parents aussi, aussi bien que l’élève myope.
    Nous ne demandons pas que vous aidiez nos enfants dyslexiques, nous demandons que leur HANDICAP soit respecté : qu’ils soient, comme les autres handicapés, autorisés à utiliser leurs outils compensatoires personnels, qui vont du temps en plus, des bonnes notes de cours, des consignes claires et une bonne transmission des informations école-parents, à l’utilisation d’un logiciel , d’une calculette, la collaboration d’un lecteur.

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  2. Au cours de Formation géographique et sociale, en sixième année du secondaire, l’enseignante demande de produire un graphique de proportions en bâtonnets. Elle a noté les données au tableau. Les élèves transcrivent les chiffres notés et réalisent leurs graphiques. Ce travail ne peut être fait à la maison, Madame reprend les copies.

    A la réunion des parents, nous sommes surpris d’un devoir noté 0/10 car « non rendu », nous n’avons pas eu connaissance d’un devoir à rendre.

    L’élève, dyslexique, n’a pas remis son travail réalisé en classe.

    Le recopiage des données indiquées sur le tableau lui a déjà pris du temps et de l’énergie, car il n’entend pas mentalement le chiffre qu’il recopie, cette retranscription lui demande une grande concentration.

    S’il a bien compris comment s’y prendre pour calculer et représenter les proportions, il n’en est pas de même pour réaliser le graphique : travailler à la latte, indiquer les échelles et représenter un beau graphique, bien droit , bien propre sans dépasser les lignes qui se croisent… est une mission quasi impossible pour cet élève. Surtout si son temps est compté...

    Alors quand l’enseignante reprend les copies, il préfère ne pas la mettre dans le tas qui passe devant lui, se disant que si Madame l’interroge à ce sujet, il lui inventera qu’il ne la trouve pas, il se débrouillera. Madame ne lui demande rien, ouf, une fois sorti de ce vilain pétrin, il clôture l’incident, heureux de s’en être aussi bien sorti. Autant un zéro pour paresse qu'une note humiliante pour un exercice qu'il comprend parfaitement mais qu'il a mal écrit.

    Après la réunion de parents, nous avons demandé à notre fils de terminer ce travail, en lui permettant d’utiliser son ordinateur. Il lui a fallu moins de dix minutes pour produire 4 graphiques en bâtonnets parfaits.

    Si vous estimez qu’il n’est pas juste que cet élève utilise un logiciel pour tracer son graphique alors que les autres élèves disposent d’une latte et d’un crayon, je vous propose de demander à tous les élèves d’ôter leurs lunettes avant de réaliser ce devoir, ce qui permettra d’évaluer non pas leur compétence à représenter des proportions en graphique mais leur acuité visuelle.

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